Le 7 avril 1858 avait lieu le miracle du cierge. Bernadette était venue en hâte à la Grotte. Beaucoup en la voyant avaient comme pressenti cette rencontre à laquelle elle courait. Et ils étaient nombreux à l’attendre déjà, et aussi à trouver comme ils le faisaient à chacune des venues de Bernadette, les gestes, le silence et les mots pour accompagner son chemin. Oui, son chemin intérieur aussi.
Et il y avait eu aussi le docteur Dozous, soucieux de science et de vérification, qui avait été tout espanté, étonné, bouleversé. Contre toutes les lois de son art, il avait vu. Vu Bernadette un cierge dans les mains, qui au fil de l’extase aurait dû la brûler, mais qui ne la brûla pas. Il songea au passage de Dieu. Et c’en était bien le signe. Le signe que le passage de Dieu est brûlure, mais qui ne brûle pas comme le ferait simplement le feu. Il est brûlure intérieure, dont parlent les mystiques, rencontre qui travaille l’homme et l’apaise. Qui éveille aussi à la recherche, au chemin. Comme un jour les deux disciples qui marchaient, au lendemain de la résurrection de Jésus, sur le chemin qui mène de Jérusalem à Emmaüs. Ils étaient dans le sombre, de tristesse, de déception aussi, tous sentiments mêlés qui se heurtaient en eux dans un son mat et sourd. Leur coeur était immensément lourd, comme leur marche. Et l’inconnu du chemin avait réveillé l’aurore en eux, de ses paroles, de son pas accordé amicalement au leur. Il leur parlait des Ecritures. Et leur coeur s’éveillait. Parvenus au village où ils allaient, ils le pressèrent de rester avec eux. Et il entra. Pas d’auberge, comme on le dit ou pense si souvent, même pas l’évocation d’une maison. Il entra avec eux. Et eux vécurent là l’aurore qui en eux n’aurait plus de fin, quand il leur partagea le pain en l’ayant pris de ses mains, béni, rompu… Le geste de Dieu !
Lui avait disparu de devant eux, mais eux le savaient désormais étrangement présent et se remirent en route, eux qui étaient rentrés à cause du soir et de la nuit, ressortaient. Ils étaient passés de l’obscurité à la lumière et repartaient vers Jérusalem, d’où ils… repartiraient, désormais disciples au coeur bouleversé. Leur parole se frayait en mots très humains un chemin, pour approcher et dire ce mystère pressenti de si près : ‘Notre coeur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et expliquait pour nous les Ecritures’ (Luc chapitre 24).
C’est probablement cela que vécut Bernadette devant la Grotte le 7 avril… mercredi de Pâques 1858.
On repense à Moïse qui un jour, près du buisson ardent (Exode chapitre 3) pressentit un semblable mystère : la présence de Dieu qui se révèle en mots très proches de l’homme, et qui lui insufflent un surcroît étonnant de vie. ‘Je Suis’ avait dit Dieu à Moïse. Et nous vivons aussi de cette parole et de cette présence. Comme Bernadette sur son chemin.
7 avril 1858 : le miracle du cierge ! Les chrétiens aiment la lumière, signe discret de Dieu. Et le cierge pascal, comme le feu de la nuit de Pâques, sont pour eux le signe du Christ ressuscité, rencontrant notre obscurité et l’éclairant. Pour toujours.

