Archive pour le février, 2008

Une douceur de paradis !

Vendredi, février 29th, 2008

Lundi 1er mars. La foule s’assemble, nombreuse, dès minuit. Combien sont-ils ? On en dénombre mille cinq cents et même plus. L’ambiance est au recueillement et à la prière, quand Bernadette arrive. Et comme les autres jours, elle va droit au but, sans s’attarder, et simplement prie. Peut-elle d’ailleurs faire les choses autrement que simplement ? 

C’est au lendemain de la visite et de l’interrogatoire chez le juge d’instruction. Mais l’instruction est pour elle ailleurs. A ce qu’ici elle apprend du ciel. Il y a même un prêtre, qui n’est pas de Lourdes : l’abbé Désirat, qui ignorait que le curé Peyramale avait interdit au clergé d’aller à la Grotte. Il est tout surpris. On lui fait place et il se retrouve au premier rang. Il n’en croit pas ses yeux de myope. Quelle beauté cette Bernadette quand elle parle au ciel ! Extase, disent les gens ! Oui, toute autre, complètement saisie par cette autre réalité qui est là devant elle et lui parle, et lui sourit.

Le prêtre est bouleversé de ce qu’il voit : de la beauté de Bernadette, mais aussi de la rapidité sans heurt pourtant, à laquelle le visage de Bernadette peut passer de la joie à la tristesse. Que peut-il bien se passer en Bernadette pour qu’elle passe ainsi par les contraires ou par… ce bonheur profond sur lequel semblent passer des moments d’ombre, de tristesse ?

Il doit être là le mystère de la Grotte et des gestes que pose Bernadette, en redisant pour toute explication que c’est “en pénitence” et “pour les pécheurs”. Ombre et lumière passent sur son visage, comme se conjuguent en nous probablement obscurité et pardon, péché de l’homme et miséricorde divine. Invitation au pécheur sur les chemins de tendresse de Dieu. Quelle beauté dans le regard de Bernadette quand elle livre sans le savoir cet itinéraire, à qui la regarde.

Ce jour-là, Catherine Latapie, dite Chouat, fait avec ses deux loupiots hauts comme trois pommes, les 7 kilomètres qui la mènent à Lourdes. Elle trempe dans le ruisselet de la source son bras abîmé et ses doigts refermés qui en font une piètre femme de maison. Et quelle douceur ! Son bras s’apaise, et sa peine aussi. Premier “miracle” que reconnaîtra Lourdes après analyses scientifiques sérieuses. Catherine repart et accouche presque en chemin. Elle avait pris des risques en venant. Aux sources de tendresse. C’est là que mène le chemin de Lourdes. Et cette eau qui guérit, parabole de nous-mêmes et des sources de Dieu.

Merci, Madelise, Enitram, de dire comment l’itinéraire de Bernadette et le chant de la source font aussi leur chemin en vous.
 

29 février : année bisextile…

Vendredi, février 29th, 2008

Le 29 février 1858 à Lourdes, il ne se passe rien, car ce n’est pas une année bisextile, et il n’y a pas de 29 février. Le lendemain du 28 est le premier mars. Mais puisque nous avons nous, un jour supplémentaire. Arrêt sur image, le temps d’une pause intérieure.

La parabole de la source continue de me travailler intérieurement. Oui, cette source, qui naît dans ce que les historiens appellent la tute aux cochons, ou que le cardinal Diaz le 8 décembre dernier appelait le marais aux cochons. La grotte de Massabielle est d’abord et avant tout au temps de Bernadette une grotte aux animaux, assez obscure et sale. Or c’est là que Bernadette trouve la source, désemparée même un moment, de ne pas trouver ce lieu que lui indique Aquero. Oui, là au fond, mais quel fond ?

Et peut-être est-cela le symbolisme discret de la source, qui sourd au fond de la pénombre : au fond de la Grotte… Mais l’image du fond est claire si j’ose dire. Elle est même très parlante. Chacun a bien idée de ce qu’est le fond, qu’on l’ait rencontré ou non, qu’on l’ait touché - comme l’on dit - ou non. Le plus profond, en intériorité, parfois, ou en désarroi, parfois en blessure, en espérance. Oui, là au fond…

C’est là que vient sourdre la source. Et précisément elle est boueuse d’abord, longuement. Ou en tout cas, les gestes posés par Bernadette semblent faire durer ce temps une éternité interminable. Insupportable pour les gens qui étaient là et disaient - à juste titre ? - : “Elle est folle !” Oui, puisque Bernadette s’est barbouillé le visage de cette eau boueuse, au point que sa tante lui a donné une gifle sur le champ. Insupportable cette figure, ce visage aux limites de la défiguration, qui fait penser au “Serviteur souffrant” dont parle la bible (livre d’Isaïe, chapitre 53).

Et cette eau là, en assez peu de temps en fait, dès le jour même, est devenue limpide et claire. Parabole, disais-je, de nous-mêmes. Et de ce que Dieu fait dans la plongée en eau profonde du baptême. Et dans celle du pardon, de la miséricorde, qui peut prendre jusqu’à des allures de raz-de-marée sur le mal antérieur. Un raz-de-marée qui n’emporte que le sombre, peut-être comme ce déluge que les premières pages de la bible racontent, qui nettoie à grande eau une terre devenue terrible et sombre, sur laquelle se lève alors le petit matin de Dieu, salué par la colombe et  son rameau d’olivier (Genèse chapitres 6 à 9). Et aussi par l’arc en ciel, signe de Dieu et signe d’alliance, Dieu jurant que plus jamais ce mal ne peut reprendre la terre. Car il est Dieu, d’extrême miséricorde.

Le mystère que révèle Aquero parle de pardon. Et de miséricorde. De renaître dans le souffle de Dieu. Ainsi je guetterai la colombe au rameau d’olivier, et l’arc en ciel qui de ses couleurs pastel pose à hauteur de regards et de Dieu le signe d’alliance.

Parabole du chemin !

Mercredi, février 27th, 2008

Les jours passent, dans l’étrange quinzaine durant laquelle Bernadette vient, indéfectible, à la Grotte, puisqu’elle l’a promis à Aquero. Et nous voilà - en 1858 - au Dimanche 28 février. La foule est déjà à la Grotte, depuis un bon moment. Dès les toutes premières heures, en fait. Plus de mille personnes ! Bernadette prie, comme chaque jour. Elle baise la terre et marche encore à genoux à travers les cailloux de la Grotte.

Peut-être en fait y va-t-elle en Saint Bernard, infatigable sur les chemins où des marcheurs se sont égarés. Ils vont ! Et Bernadette va elle aussi : en signe de pénitence. Etrange ! Tant de mots sonneraient mieux aujourd’hui que celui-là ! Mais nous sommes devant la Grotte, un dimanche 28 février 1858. Et c’est cela qui se passe et qui même occupe le devant de la scène. C’est là, encore cette fois, l’essentiel, ce qui est donné à voir pour peut-être progressivement comprendre nous aussi à la longue ce que redit Bernadette comme quelque chose qui lui tient à coeur : pour les pécheurs ! Elle le répète quand on l’interroge. Alors il faut bien écouter cela pour comprendre ce qui se passe, là, ce dimanche 28 février 1858. Nous résistons doucement. Peut-être pressentons-nous que nous sommes implicitement visés ou touchés.

Ainsi dans la clarté - peut-être ? car au fait, quel temps faisait-il ? - de ce dimanche d’hiver, la brise du ciel poursuit son souffle ténu et respectueux sur la froideur des coeurs, et avive le chant des sources, celui qui disant “Pénitence !”, parle aussi de pardon, de clarté.

Des mots étranges encore ? Pour nous un peu. Pour le juge d’instruction aussi d’ailleurs. Car aujourd’hui, c’est chez lui qu’il faut aller s’expliquer. Eh bien ! qu’à cela ne tienne. La vérité est simple, et Bernadette ne parvient pas à craindre ces gens-là, esprits quelque peu chagrins ou grincheux, fût-ce à titre professionnel. Elle est donc emmenée chez le juge d’instruction, Clément Ribes, qui la menace de prison. Mais elle est droit dans ses sabots de pauvre. Elle est droite dans sa clarté. Limpide, comme l’eau de la source, cette parabole… de nous-mêmes, qui nous étonnait hier en chemin. Et qui nous étonnera encore, sûrement.

Bernadette ira encore à la Grotte : jusqu’à jeudi ! Elle l’a promis. Et la parole engagée avec Aquero pèse plus lourd que les interdictions du juge ou ses menaces de prison. C’est pourquoi elle n’écoutera que sa promesse, et ira encore, quoi qu’il en soit, à la Grotte. Oui. Et nous avec d’ailleurs !

“En pénitence, pour moi d’abord, pour les autres ensuite !”

Mardi, février 26th, 2008

Quelle déception au coeur de Bernadette, ces jours où Aquero n’apparaît pas. Et place à tous les doutes : qu’a-t-elle donc fait qui l’ait indisposée. Et tristesse aussi que cette absence, là où la présence d’Aquero la touche simplement et l’illumine, même quand le message est rude. Elle participe en fait, comme par osmose, à ce qui préoccupe Aquero

Car oui, c’est toujours Aquero. Sans nom, mais pas sans présence et sans mystère. Sylvie Barnay, historienne de cette période et qui a travaillé la question, dit magnifiquement (article dans l’Osservatore Romano) : “‘Aquero’, ‘cela’, autrement dit le seul mot de son patois qui puisse nommer l’altérité en ce qu’elle est une étrange étrangeté”. Oui, une étrange étrangeté, mais qui l’a singulièrement apprivoisée, au point qu’elle a noué une relation, qui la rendra assez inébranlable ! Tiens, justement aujourd’hui oui, face à Monsieur Clarens, Antoine Clarens, directeur de l’Ecole Supérieure de Lourdes, qui a amené à la Grotte sa science et sa rationalité pour quand même… endiguer ce phénomène un peu primaire. D’ailleurs, il a entrepris de rédiger pour le préfet un rapport sur La grotte de Lourdes (c’est le titre !).

Pas ou mal impressionné, l’Antoine Clarens, par ces gestes que pose Bernadette… comme les jours précédents en fait, allant boire à la source, désormais limpide, marchant à genoux jusqu’à la Grotte, et baisant la terre. Clarens est d’un autre niveau, celui des Lumières et pas de cette espèce d’obscurantisme de mauvais aloi qu’il voit là devant lui. Il se doit d’ailleurs de poursuivre l’enquête de façon un peu rationelle et va trouver Bernadette chez elle le jour même. Il l’interroge. Et c’est à lui que Bernadette répond simplement pourquoi elle baise ainsi le sol et marche drôlement à genoux : “En pénitence, pour moi d’abord, pour les autres ensuite !” Clarens est un peu ébranlé quand même, par la simplicité et la… limpidité de Bernadette. Comme la source désormais.

Peut-être y a-t-il là d’ailleurs une parabole : la source d’abord boueuse et devenue d’une infinie limpidité. Je m’étonnais il y a deux jours, que Bernadette n’ait pas de réponse autre, quand on l’interroge sur ses gestes de pénitence, que finalement : “pour les pécheurs”. Et je poursuivais la rélfexion : C’est donc là que ramène le voyage de Lourdes. Oui, à l’essentiel. Une sorte de creuset de vérité, pour chacun et en même temps pour tous, solidairement. Pour chacun, ce creuset ou cet instant de vérité totale, où peut se reconnaître le fond d’obscurité et peut-être d’étrangeté au mystère de lumière…

Bernadette marche là à genoux, près de la Grotte, boit à la source limpide comme pour y inviter. Inviter au point le plus limpide… qui est le coeur de Dieu !

Aquero n’est pas là !

Mardi, février 26th, 2008

26 février, jour sans. Mais un retour ici sur la veille, et sur Monsieur le Procureur, qui a retenue longuement Bernadette et sa tante, qui s’est évanouie ou presque. Bernadette est solide. Ce n’est pas ce genre de type impressionnant qui l’impressionnerait : elle dit la vérité et se demande pourquoi ils disent des mensonges ! Elle demande même, sans détour ni malice : “Quand on n’écrit pas bien, est-ce qu’on fait des croix ? Monsieur le Procureur faisait toujours des croix…” Et elle rit, comme l’enfant qu’elle est.

Et donc ce 26 février, retour à la Grotte, malgré l’interdiction du Procureur qui faisait des croix. Tante Bernarde, marraine de Bernadette, est venue au Cachot, et a rompu la perplexité qu’elle ressentait avec tous : “A sa place, j’irais !”. A la  Grotte, Bernadette prie, elle se lave le visage encore, de l’eau de la source devenue limpide. Elle s’est avancée jusqu’au fond de la grotte. 600 personnes sont là. Sauf Aquero, qui ne lui apparaît pas. Quelle tristesse pour Bernadette. Et le doute : que lui a-t-elle donc fait ? Retour à la situation du 20 février. Mais aussi à la réflexion que je me faisais avec d’autres : Aquero lui a demandé de lui faire la grâce de venir 15 jours, mais ne lui a pas promis de se manifester. On aimerait tant qu’il en soit autrement. Mais on fera donc sans pour aujourd’hui. Un fond de tristesse quand même au coeur…

Goûter aux couleurs de Lourdes !

Lundi, février 25th, 2008

Ce soir, ça y est : les photos prises à Lourdes durant les journées de février sont en ligne. Elles sont insérées au fil du blog, en regard du texte. Il suffit de remonter le cours du blog, jusqu’à la date des journées de février. Et même jusque décembre et janvier, où figurent maintenant aussi d’autres photos… Couleurs de Lourdes !

Bonne lecture !

Cette fois-ci, plus bas que terre !

Lundi, février 25th, 2008

Oui, 25 février, neuvième apprition et visite imposée chez le Procureur de la République. Mais que craint-il donc ?  Il est vrai que la foule et les amis qui finissent par douter de Bernadette lui ont également dit au soir de ce jour là : ”Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ? ” Quoi donc ?

Ce jour là, trois cents, trois cents cinquante personnes se sont levées aux aurores, dès 2 heures du matin, pour prendre le chemin de Massabielle et tenter de trouver les bonnes places… pour voir, cette fois ! Et Bernadette arrive. Ce n’est pas la foule qui l’intéresse, mais bien Aquero, dont la rencontre la bouleverse. Mais la rencontre de ce jour est plus grave encore que les précédentes. Bernadette prie et son visage, comme à l’accoutumée, est traversé d’une étrange lumière et de grâce infinie. Mais soudain elle avance, à genoux sur les cailloux de la Grotte, puis semble se raviser, revient vers le Gave, hésite encore, et retourne, jusqu’au point le plus reculé de la Grotte, là où le rocher rejoint le sol. Elle hésite encore, puis gratte de la main le sol boueux. Prend de cette boue dans sa main et résiste, par quatre fois, avant de la porter à ses lèvres, et même de s’en laver le visage. S’en laver le visage ! Pensez donc, de cette eau boueuse qui lui donne en un instant un pitoyable visage de clown triste à moins que… “Regardez la petite merdeuse” ! disent l’une ou l’autre en belle robe, venues pour en avoir pour leur argent ou pour leur curiosité. Quand même pas venues pour ça !

Mais c’est par là que “ça” passe aujourd’hui, ce message étrange que Bernadette décrypte de ses gestes, qui lui sont dictés d’ailleurs. Aquero la guide. Et elle ne résiste pas ou seulement par ces gestes réflexes ou de bon sens - comme le nôtre en fait ! - qui lui font se dire que quand même…

Et voilà qu’elle mange de l’herbe du fond de la Grotte : de la dorine, disent les spécialistes. Je leur fais confiance. Et on lui demande pourquoi cela, pourquoi ces gestes. Elle n’a pas de réponse autre, finalement, que “pour les pécheurs”.

C’est donc là que ramène le voyage de Lourdes.

L’eau ira se clarifiant, et dès ce premier jour, on viendra en boire, et même en puiser : deux bouteilles circulent en ville, et l’on remarque qu’elle fait du bien. A suivre donc…

Je continue le chemin… Où vont les vôtres ?

Dimanche, février 24th, 2008

Oui, je continue le chemin, passant d’un siècle à l’autre, en particulier durant cette quinzaine importante pour qui s’intéresse à Lourdes. Bernadette vint durant quine jours à Massabielle, puisque Aquero, la Dame, l’y avait invitée. Intense bonheur et déconvenue. Je refais le chemin moi-même pour redécouvrir des passages obligés que l’on oublie, que j’oublie ou censure dans ma mémoire.

J’ai donc choisi de venir sur le web chaque jour aussi, durant ce temps. Ça s’espacera ensuite, avant d’y revenir encore, poussé intérieurement peut-être, pour faire mémoire ou me rafraîchir la mémoire d’autres dates encore.
Mais vous aussi avez vos chemins. Quels sont-ils ? Chemins intérieurs, grands chemins du monde, voies sociales, voies politiques, amicales, de travail, de préoccupations multiples… Suivant mes chemins et ceux de Lourdes, je ne voudrais pas faire taire les vôtres ou les laisser silencieux… J’ai l’intuition en fait, que ces chemins là, de Lourdes, passent du côté de l’épicentre de chacun, et qu’il y a en nous une sorte de trace d’écho. Vous aussi dites-la, écrivez la. C’est l’histoire d’aujourd’hui.


Mais le calendrier ramène donc ses dates, curieuses à Massabielle, très curieuses. Le 24 février, il y a 150 ans aujourd’hui, c’est un mercredi. Et a lieu la huitième apparition, dans laquelle, après l’émotion de l’absence d’apparition le 22 février, et la grande tristesse pressentie le 20, les choses passent à ras de terre. Me venait l’expression ras des pâquerettes, mais elle résiste. Elle est trop printanière, et février 58, c’est l’hiver froid. 300 personnes au moins sont là, et Bernadette peine à se frayer le chemin à “sa” place près de la Grotte.
Elle prie, mais Aquero lui parle : des mots, des mots qui pour Bernadette s’entendent, très clairs : “Pénitence…” Et elle répète, et ajoute : “Priez Dieu pour les pécheurs”. Et même : “Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs !” Ce que Bernadette fait… Si humilité vient du mot humus. Quelle humilité ! A fleur de terre, plus bas encore que le ras des pâquerettes, cette expression qui tout à l’heure résistait.
Le temps est au pressentiment de la blessure du mal. Bernadette priera désormais Dieu pour les pécheurs. Elle regardera avec la tendresse infinie, et ce discret voile de tristesse pour qui porte la blessure. Massabielle est à la croisée de tant de chemins ! Les vôtres, les miens… !

J’ai vu Madame Rachel au théâtre de Bordeaux

Vendredi, février 22nd, 2008

“J’ai vu Madame Rachel au théâtre de Bordeaux. Elle est magnifique… mais infiniment au-dessous de Bernadette… Cette enfant à devant elle un être surnaturel !” C’est ce que dit Jean-Baptiste Estrade au retour de Massabielle le 23 février 1858. Il est venu bardé de scepticisme et repart quelque peu retourné. Il était avec le commissaire Jacomet quand celui-ci a interrogé Bernadette 2 jours avant, et il est venu en fait pour accompagner très courtoisement sa soeur et quelques jeunes filles curieuses des Apparitions. Retourné comme une crêpe, Estrade, que rien n’y prédisposait.

Bernadette est venue très tôt à la Grotte : 5 heures et demi, six heures… Il y avait déjà 150 personnes. Bernadette a prié. Et Aquero lui a confié un secret rien que pour elle. Aquero lui a appris à prier, à passer des prières à la prière, dit magnifiquement Horacio Brito, qui est resté longtemps à Lourdes et aime ce lieu. Aquero lui a révélé probablement de ces secrets du ciel que le catéchisme en formules, qu’elle a peine à retenir, ne pouvait lui apprendre. Aquero lui parle du ciel, et sûrement de la miséricorde de Dieu, de façon inouïe. En écrivant cela je pense à la tristesse de Bernadette l’avant-veille, si tangible sur son visage au terme de la cinquième Apparition, et aussi aux autres Apparitions, qui suivront, et durant lesquelles Bernadette surprendra. La source se mettra à sourdre. Une eau qui guérit : les corps, et plus encore les coeurs. Mais Bernadette semblera porter au visage la trace d’une préoccupation autre. Celle que lui apprend Aquero en lui disant à plusieurs reprises de prier pour les pécheurs.

23 février de cette année là, à Lourdes, un mardi…

Lourdes, lieu de la miséricorde…

22 Février : un jour sans ?

Vendredi, février 22nd, 2008

C’était un lundi, le 22 février cette année là, 1858. Jacomet, le commissaire, avait assorti la rencontre avec Bernadette la veille, d’une interdiction avec menaces : Bernadette était interdite désormais de Massabielle. Alors qu’elle se sent intérieurement poussée à aller à Massabielle, elle reprend contrainte et forcée par cette interdiction, mais la mort dans l’âme, le chemin de l’école des Soeurs. A qui désobéir : à Jacomet le commissaire ? ou à Aquero ? Ce matin là, il semble que ce soit la voix du ciel qui doive rester pour un temps suspendue par la voix du représentant de l’ordre.

A l’école, bien-sûr, personne en pareil cas ne lui fait de fleurs, entre les copines de classe qui ne se font pas faute de se moquer, et les soeurs qui ont conscience de leurs responsabilités et se réjouissent, je cite, de voir enfin cesser ces “carnavalades” !

Pourtant, au retour de midi, Bernadette bruquement change d’opinion, et à l’embranchement du chemin, vire droit vers la Grotte au lieu de reperendre le chemin de l’école des Soeurs. Le maréchal des logis la suit, il en a la charge. Narquois, il persiffle : “Tu la vois ? tu la vois ?… Tu la vois comme moi !”. Pire, Bernadette égrènera son chapelet jusqu’au bout, mais son visage ne changera pas, de bonheur, comme les autres jours. Aquero n’est pas apparue. C’est la tristesse absolue. Les gens disent bien que l’heure était passée. mais Bernadette se demande ce qu’elle a pu faire à la Dame pour qu’elle n’apparaisse pas. Elle repart avec cette tristesse et ces bouffées de doute.

Après tout, Aquero ne lui avait pas parlé d’une quinzaine d’apparitions, mais d’avoir la grâce de venir quinze jours. Bernadette est fidèle à la promesse. Pour le moment,  c’est simplement le temps d’un suspens.

Un jour sans ? Tant de gens ont des jours sans… C’est le jour où je me prends à y penser. A suivre !…

C’était un dimanche

Mercredi, février 20th, 2008

Oui, le 21 février, jour de la sixième apparition, était un dimanche. Comme souvent, de très bonne heure, Bernadette se lève et va à Massabielle. On l’imagine, avec son capulet et ses sabots. On imagine son coeur qui est tout à la prière et peut-être le souffle plus court de ces instants où l’on attend le bonheur que l’on sent proche. Bernadette sûrement n’a rien oublié des paroles plus lourdes ou des traits graves qu’elle a perçus sur le visage de la Vierge, d’Aquero. Peut-être en a-t-elle fait une part de sa longue méditation au fil des heures de la nuit, peut-être même a-t-elle connu un instant de tourment intérieur. Ce ne doit pas toujours être facile de porter une part de ciel en soi… 

Et sur les pentes de Massabielle, elle précède encore de loin celles et ceux qui la suivent, réveillés au moindre bruit de porte ou de sabots perçus près du Cachot. Une centaine de personnes l’accompagnent. Et là, elle prie. Son chapelet est son compagnon de chaque instant dans cette rencontre qu’elle vit entre le ciel et la terre.

Ce jour-là, elle sera interrogée par le très sérieux commissaire de police Jacomet. Il veut en savoir plus et pressent dans ce mouvement qui s’amplifie vers Massabielle un risque pour l’ordre public. Il essaie dans ses questions, ou en relisant le rapport qu’il a écrit de ses réponses, de l’embrouiller. Pas impressionnée Bernadette, même par l’uniforme ou le sérieux du bonhomme et de ce que peut représenter le bureau d’un commissaire de police pour les pauvres. Le père Soubirous y est passé quelques semaines auparavant. Sur de fausses accusations de vol qui l’avaient quand même emmené pour plusieur jours en prison. Jacomet le rappelle à demi-mots à Bernadette, toujours pas plus impressionnée semble-t-il. Et si l’on te met en prison, dit Jacomet. Eh bien j’en resortirai, répond Bernadette. On n’impressionne pas le ciel avec des menaces aussi rudimentaires et pauvres !

Dans la déposition de Bernadette, il n’est toujours question que d’Aquero ! Pour nous aussi. Il faut du temps en fait, pour se préparer au mystère.
 

20 février, il y a cent cinquante ans…

Mardi, février 19th, 2008

Il y a cent cinquante ans, c’était un samedi. Quel temps faisait-il ? Le souvenir s’estompe, au profit de l’essentiel : à nouveau Bernadette auprès de la Grotte, qui toujours l’aimante. Et Aquero, présente, doucement présente. Bernadette le dira : Aquero lui a appris ce jour-là une prière pour elle seule. Nous ne saurons jamais les mots de cette prière. Nous les devinerons sur les traits de Bernadette, dans son silence, dans son obstoination à venir à Massabielle, dans sa solidité à répondre à quiconque l’interroge, car il est en elle une autre force, une force du ciel.

Nous le saurons aussi sur la durée, dans la façon dont Bernadette fait face à son avenir avec lucidité, et de façon paisible. Pas par les raccourcis : elle vit la vie chgrétienne comme tous et discernera le moment venu sa vocation sans révélations spéciales du ciel. Mais le secret qui la fait vivre, c’est cette intimité profonde avec Marie, avec le ciel, qui la guide, paisiblement et sans faille.

Oui, sainte Bernadette ! Qui en ce jour, à la fin de la vision, laisse transparaître une grande tristesse. Pressentiment, révélation, de la tristesse du ciel pour les pécheurs ? Car c’est bien d’eux, c’est de nous, qu’il sera question dans les apparitions à venir. Sans cesse…

Avec empressement à la Grotte…

Mardi, février 19th, 2008

Voici 150 ans, le 19 février ! C’était un vendredi. De bon matin, Bernadette va à Massabielle, intérieurement poussée, elle se hâte… Poussée par cette voix qui lui parle intérieurement de bonheur. Elle a gardé dans le coeur la parole entendue hier : “Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre”. Bernadette a assez d’intuition des choses de Dieu, de l’essentiel, pour savoir que ce bonheur promis par Aquero est un bonheur immense, tenace, plus fort que tout. Mais elle est prête aussi à entendre, peu de jours après : “Priez pour les pécheurs…”. Bernadette sait d’expérience le bonheur plus fort que la détresse humaine. Elle garde aussi dans le coeur cette autre parole inouïe, entendue aussi en ce 18 février : “Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ?” Que oui ! Et elle dévale le sentier de Massabielle sur lequel les autres sont moins rapides et plus prudents. Elle va droit au but, aimantée.

L’apparition du 19 février 58 fut assez brève, silencieuse aussi. Ce fut ce vis-à-vis étonnant qui rayonnait sur le visage de Bernadette. Car c’est sur son visage que les autres lisaient les apparitions… C’est souvent ainsi pour Dieu, comme par reflet.

Bernadette est venue à la Grotte avec un cierge. Une flamme fragile, comme tant d’autres… Comme celle du baptême. Ccomme celle des cierges de la nuit pascale, que tiennent les chrétiens comme une attestation du mystère qui les dépasse infiniment et qui illumine la nuit… et leur vie ! Et tant d’autres cierges que l’on tiendra humblement en ce lieu, comme des prières sans mots, mais plus fortes que la nuit.

Sainte Bernadette…

18 février : Saint Bernadette…

Dimanche, février 17th, 2008

Le calendrier affiche au 18 février Sainte Bernadette. Bernadette Soubirous est née le 7 janvier 1844. Le 18 février 1858, elle a 14 ans et vit ce temps particulier où l’aimante la grotte de Massabielle, en raison de la rencontre étonnante qu’elle y vit depuis le 11 février. Le 18 février est le jour de la troisième apparition de celle que Bernadette appelle encore en son patois Aquero, quand elle en parle. Elle a vu “cela”. Elle ne lui donne aucun nom encore, mais sait que “cela” vient du ciel et lui parle le langage limpide et lumineux que seul le ciel connait.

Jusque là Aquero a prié - le chapelet - et regardé Bernadette avec un sourire qui bouleverse Bernadette de bonheur. Mais elle ne lui a pas parlé encore.

Le 18 février 1858, Aquero lui parle. Des mots étonnants : elle lui parle “comme à une personne”. Bernadette, enfant de pauvre et souvent rudoyée ou discrètement moquée, mesure l’étonnant, l’extraordinaire de cette parole qui la prend en considération ou l’ “envisage” selon le mot magnifique, auquel Emmanuel Levinas donnait tant de poids. Aquero s’adresse à elle avec délicatesse et un infini respect. Peut-être en est-il toujours ainsi quand le ciel s’adresse à quelqu’un, à nous-mêmes ! Les mots que Bernadette entend alors ont été répétés mille fois. Ils ressemblent quelque peu à ceux des trois visiteurs - des anges ! - venus rencontrer Abraham au plus chaud du jour, il y a longtemps, près de Mambré (Genèse chapitre 18). Aquero dit à Bernadette : “Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ?”. Oh oui, qu’elle l’aura. C’est un bonheur infini.  Il y aura des jours durant cette quinzaine, où Bernadette sera désarçonnée, sans rencontre d’Aquero, sans apparition. Mais s’ouvre une quinzaine étonnante. Etonnant en effet ce rendez-vous long qu’Aquero donne à Bernadette, engageant une relation dans la durée, dans une sorte de fidélité réciproque.

On ne peut s’habituer à ces mots : “Voulez-vous avoir la grâce…” Ainsi s’adresse le ciel avec délicatesse à Bernadette, ouvrant une relation grâcieuse, marquée de grâce. Une réciprocité libre. Oui, une réciprocité. Justement… ! Ces seuls mots suffiraient à déplacer, modififier en profondeur peut-être notre compréhension de Dieu. Rien de contraignant, si ce n’est ce qui naît d’une brûlure intérieure.

18 février, le temps de la brûlure intérieure. Le temps de… la grâce ! Que je vous souhaite aussi, où que vous soyez. Où que vous en soyez…  

Pour Bernadette, la seconde apparition…

Jeudi, février 14th, 2008

Il y a 150 ans aujourd’hui, Bernadette vivait la seconde apparition de celle que longtemps elle appela de… pas de nom : Aquero, c’est-à-dire en son patois, ça ou cela. Elle ne nomma que peu à peu Marie. Elle pressentit d’abord, avant de nommer. Mais le pressentiment en elle était fort et clair. C’est cette intuition intérieure qui la faisait se lever, parfois tôt, très tôt, pour dévaler à la Grotte. Elle qui avait la santé fragile, filait alors bien en avant, comme si elle volait sur le chemin souvent boueux, qui du Cachot menait à Massabielle. Le 14 février, il lui fallait aller à Massabielle.

 

Sa sœur et son amie Jeanne ont eu tôt fait de raconter ce que Bernadette leur avait dit en confidence et comme pour vérifier auprès d’elles ce qui s’était passé pour elle. Elle leur avait dit de ne rien raconter, mais elles n’avaient pas pu garder le secret. Sur son expérience étrange et magnifique le 11 février, cette vision extraordinairement belle qu’elle avait eue, dans le rocher. Elle avait prié, fait le signe de croix après que la dame l’eut fait. Oui, et prié le chapelet, avec elle qui en donnait le rythme très paisible. Et Bernadette, émerveillée, était infiniment paisible.

Le 14 février donc, il fallut extorquer à la maman la permission de retourner à Massabielle. Elles y descendirent à plusieurs : une dizaine peut-être. Et sur place, Bernadette, au bout de quelques instants, leur dit le cri du cœur : « Elle est là ! Elle est là !…  Elle nous regarde et elle sourit ! » Et Bernadette jeta de l’eau bénite, à plusieurs reprises. Mais la Dame souriait chaque fois. Et Bernadette était radieuse. Nous le devinons un peu : comme quand le ciel touche la terre. 

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